L'opposition kirghize s'empare du sud du pays et organise une "marche" sur la capitale
LE MONDE | 23.03.05 | 16h12  •  Mis à jour le 23.03.05 | 19h28
Moscou de notre correspondante

e mouvement d'opposition réclamant la démission du président du Kirghizstan, Askar Akaev, prend de l'ampleur. Les manifestants semblaient contrôler, mercredi matin 23 mars, la moitié sud du pays. A Och, deuxième ville kirghize (500 000 habitants), et à Djelalabad, les insurgés ont fermé les aéroports locaux. Des bâtiments administratifs ont été pris d'assaut par les manifestants dans plusieurs localités. Des militants d'opposition ont annoncé qu'un convoi d'autobus avait quitté, mardi, la ville de Och pour parcourir les 500 kilomètres de route montagneuse menant vers la capitale, Bichkek. A l'issue de cette "marche sur la capitale" les manifestants ont l'intention d'organiser un kouroultaï (assemblée) devant l'administration présidentielle.

Askar Akaev, un physicien âgé de 61 ans, arrivé au pouvoir dans cette République de 5 millions d'habitants à l'époque de la"perestroïka", et dont l'image d'unique dirigeant démocratique d'Asie centrale s'était émiettée, ces dernières années, au fur et à mesure que son clan familial s'emparait de tous les leviers de l'économie, tente de désamorcer la contestation en soufflant le chaud et le froid. Il a limogé, mercredi, son ministre de l'intérieur, ainsi que le procureur général. La veille, M. Akaev s'était dit prêt à un "règlement par la voie politique", excluant toute "solution de force" ainsi que l'introduction d'un "état d'urgence". Mais il a aussi décrit les événements comme"un coup d'Etat", dont les instigateurs seraient "dirigés et financés de l'étranger". Trois figures de l'opposition auraient été arrêtées mardi à Bichkek.

Lors d'un discours devant le nouveau Parlement, issu des élections des 27 février et 13 mars, le président Akaev a déclaré, mardi, qu'il était "exclu d'annuler les résultats des législatives". L'opposition, qui rassemble des chefs régionaux du sud du pays et d'anciens dignitaires du régime, conteste la légitimité de cette Assemblée, arguant des nombreuses falsifications relevées, lors du vote, par la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Les opposants accusent Askar Akaev de vouloir modifier la Constitution pour prolonger son mandat, qui expire en octobre.

Alors que l'OSCE et l'ambassade des Etats-Unis à Bichkek ont multiplié les appels au dialogue, la Russie a semblé adopter une position d'attente dans cette crise politique qui ébranle un nouveau pays de sa zone traditionnelle d'influence. Le Kremlin a évité de manifester un soutien prononcé pour le pouvoir en place, contrairement à ce qui s'était produit pendant la "révolution orange" en Ukraine.

VISITE SECRÈTE À MOSCOU

Askar Akaev aurait tenté en vain de rencontrer le président Poutine, dimanche 20 mars, lors d'une visite éclair à Moscou, tenue secrète. Cette information a été publiée mercredi par le journal russe Vremia Novostiei, citant "des sources au Kremlin". M. Akaev aurait été reçu par d'autres officiels russes. C'est à l'issue de ces échanges, affirme le journal, que le président kirghiz a annoncé, de retour lundi dans son pays, qu'il était favorable à des négociations avec l'opposition. A la veille des législatives au Kirghizstan, l'ancien premier ministre Kourmanbek Bakiev, l'une des figures de proue de l'opposition, avait été reçu à Moscou par le secrétaire général du Conseil russe de sécurité, Igor Ivanov.

La Russie a inauguré en 2003 une base militaire au Kirghizstan, pays stratégique situé entre le Kazakhstan et la Chine, où des soldats américains ont été également déployés en 2001, dans le cadre des opérations militaires en Afghanistan. L'inquiétude de Moscou est de voir s'enflammer cette région d'Asie centrale, aux prises avec une pauvreté endémique, des régimes répressifs, et des mouvements islamistes clandestins. Les troubles politiques au Kirghizstan ont comme épicentre la région de Och, chef-lieu de la vallée de Ferghana, qui s'étire à l'intersection de trois Républiques (Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan), et où des affrontements interethniques avaient fait des centaines de morts en 1990. Le Tadjikistan a renforcé, mardi, les mesures de sécurité à sa frontière.


Natalie Nougayrède

Moscou sort de sa réserve
La Russie a haussé le ton, mercredi 23 mars, critiquant l'Union européenne et rappelant que Bichkek était son partenaire dans le cadre d'un traité de sécurité collective.

"Les développements de la situation (au Kirghizstan) m'inquiètent. Ce qui se passe dans le sud du pays a depuis longtemps dépassé les limites de la légalité", a déclaré le ministre de la défense russe, Sergueï Ivanov.

Alors que Moscou se montrait relativement discret jusque-là, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a critiqué le jugement "incorrect" exprimé deux jours plus tôt par le Haut Représentant pour la politique étrangère de l'UE, Javier Solana, qui prétendait que les élections parlementaires kirghizes n'avaient pas répondu aux critères de l'OSCE. - (avec AFP).


Utilisation des "armes" si nécessaire
Les autorités kirghizes utiliseront tous les moyens légaux à leur disposition pour remettre de l'ordre dans le pays, y compris, si nécessaire, "les armes", a déclaré, mercredi 23 mars, le nouveau ministre de l'intérieur, Kenechbek Diouchebaïev.

"Les organes de sécurité n'utiliseront pas tous ces moyens contre les citoyens pacifiques, les femmes, les vieillards ou les enfants. Mais ce ne sont pas les citoyens pacifiques qui occupent les bâtiments administratifs", a-t-il affirmé. - (avec AFP).

Article paru dans l'édition du 24.03.05


 
    
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